La transparence - le regard passant à travers l'épaisseur de la matière -, telle est l'expérience que l'on peut vivre à la galerie Taïss avec l'exposition du sculpteur danois Kristian Dahlgaard. Expérience paradoxale, puisque des figures perceptibles en creux, dont l'existence reste pourtant visible, émanent du volume des corps comme autant d'auras immatérielles et cependant sensibles.
L'artiste décompose le volume et la masse de la matière, consacre ses recherches à l'espace, explore ce qui se trouve entre les couches. Kristian Dahlgaard a quitté le bloc de pierre traditionnel pour travailler à partir de fines plaques (généralement de l'aggloméré, réputé plus malléable) qu'il juxtapose les unes au dessus des autres en laissant entre elles un espace étroit. Équipé d'une égoïne, il découpe une silhouette - souvent la sienne - à travers l'épaisseur des plaques, comme si la figure correspondant à cette silhouette s'était volatilisée hors de la matière. Les sculptures The Doors et The Beatles en montrent l'exemple, ainsi que L'Européen, palette de soixante cartons de déménagement découpés selon le profil de l'artiste, telle une empreinte témoignant de son bref passage.
Dans les dessins de la série No Cover, il s'agit aussi de voir l'invisible porté par chacun derrière sa façade. Comme support, Dahlgaard a choisi des couvertures de magazines (Paris Match, Point de Vue, Le Point) présentant des politiciens, des acteurs et autres personnalités accompagnées de titres accrocheurs. Il retravaille ensuite ces photographies pour révéler l'aura cachée derrière la sophistication de la parure. Transformées alors en squelettes anonymes et grotesquement commentées par les titres des couvertures, ces personnalités, memento mori contemporains, rappellent le constant travail de la mort sur la célébrité, la richesse, la beauté ou le pouvoir.
No Cover rejoint ainsi, sur un autre mode différent, le contenu existentiel porté déjà par la série de sculptures.
Victor Sydorenko, Lévitation (au 3e étage)
Après « Authentification », qui avait marqué l'ouverture de la galerie en septembre 2008, et « Dépersonnalisation », à l'hôtel Plaza Athénée en mars 2009, l'exposition « Lévitation », série récente de peintures de grand format, poursuit la quête artistique et humaine menée par Victor Sydorenko.
Un même fil rouge - une même préoccupation - lie en effet ces trois étapes : il s'agit de la définition de l'identité humaine dans la société post-totalitaire de l'Ukraine actuelle.
Comme dans ses œuvres précédentes, « Lévitation » met en jeu une ambiguïté fondamentale. Ce personnage qui semble dégagé de toute contrainte court en même temps le risque de la perte d'identité. L'espace sans repères ni coordonnées dans lequel il flotte lui enlève toute possibilité d'être identifié par son contexte. Son vêtement (un simple caleçon) lui retire toute marque extérieure de personnalité. Est-il libre ou vidé de sa substance individuelle ?
Certains détails laissent suggérer qu'il erre dans une zone entre la vie et la mort : le nimbe rouge phosphorescent, ainsi que la posture qui rappelle partiellement celle d'un gisant ou bien, dans le cas de la composition aux bras écartés, d'une sorte de Christ. Les gestes (bras tendus en avant) laissent penser qu'il cherche à atteindre un lieu.
L'artiste décompose le volume et la masse de la matière, consacre ses recherches à l'espace, explore ce qui se trouve entre les couches. Kristian Dahlgaard a quitté le bloc de pierre traditionnel pour travailler à partir de fines plaques (généralement de l'aggloméré, réputé plus malléable) qu'il juxtapose les unes au dessus des autres en laissant entre elles un espace étroit. Équipé d'une égoïne, il découpe une silhouette - souvent la sienne - à travers l'épaisseur des plaques, comme si la figure correspondant à cette silhouette s'était volatilisée hors de la matière. Les sculptures The Doors et The Beatles en montrent l'exemple, ainsi que L'Européen, palette de soixante cartons de déménagement découpés selon le profil de l'artiste, telle une empreinte témoignant de son bref passage.
Dans les dessins de la série No Cover, il s'agit aussi de voir l'invisible porté par chacun derrière sa façade. Comme support, Dahlgaard a choisi des couvertures de magazines (Paris Match, Point de Vue, Le Point) présentant des politiciens, des acteurs et autres personnalités accompagnées de titres accrocheurs. Il retravaille ensuite ces photographies pour révéler l'aura cachée derrière la sophistication de la parure. Transformées alors en squelettes anonymes et grotesquement commentées par les titres des couvertures, ces personnalités, memento mori contemporains, rappellent le constant travail de la mort sur la célébrité, la richesse, la beauté ou le pouvoir.
No Cover rejoint ainsi, sur un autre mode différent, le contenu existentiel porté déjà par la série de sculptures.
Victor Sydorenko, Lévitation (au 3e étage)
Après « Authentification », qui avait marqué l'ouverture de la galerie en septembre 2008, et « Dépersonnalisation », à l'hôtel Plaza Athénée en mars 2009, l'exposition « Lévitation », série récente de peintures de grand format, poursuit la quête artistique et humaine menée par Victor Sydorenko.
Un même fil rouge - une même préoccupation - lie en effet ces trois étapes : il s'agit de la définition de l'identité humaine dans la société post-totalitaire de l'Ukraine actuelle.
Comme dans ses œuvres précédentes, « Lévitation » met en jeu une ambiguïté fondamentale. Ce personnage qui semble dégagé de toute contrainte court en même temps le risque de la perte d'identité. L'espace sans repères ni coordonnées dans lequel il flotte lui enlève toute possibilité d'être identifié par son contexte. Son vêtement (un simple caleçon) lui retire toute marque extérieure de personnalité. Est-il libre ou vidé de sa substance individuelle ?
Certains détails laissent suggérer qu'il erre dans une zone entre la vie et la mort : le nimbe rouge phosphorescent, ainsi que la posture qui rappelle partiellement celle d'un gisant ou bien, dans le cas de la composition aux bras écartés, d'une sorte de Christ. Les gestes (bras tendus en avant) laissent penser qu'il cherche à atteindre un lieu.











